Made with racontr.com


Les mains sont calleuses, usées par des années de travail manuel. D’un geste sûr, Dominique Rey attrape la carafe de calva et verse une rasade dans sa tasse. Derrière lui, une grande fenêtre donne sur une étable où des vaches charolaises mangent leur foin à l’abri du froid. 



« On consacre deux tiers de notre temps à notre troupeau. Pour gagner quoi ? Rien ! »



Son exploitation, située à Gambais (Yvelines), Dominique s’apprête à la transmettre à ses deux fils, Fabien et Simon. Mais l’élevage ne rapporte pas assez. Les deux jeunes hommes pensent se séparer d’une partie du troupeau, qui compte au total 150 bovins. « On consacre deux tiers de notre temps à notre troupeau. Pour gagner quoi ? Rien ! Pour être reconnu de quoi ? De rien ! », s’énerve Fabien Rey. 



alt
alt
alt

LES Eleveurs en detresse

alt
alt
alt

3

Retour à la bergerie


Face à cette situation, « le retour de l’élevage en Île-de-France est le seul moyen de pérenniser les prairies sur le long terme », juge Pierre-Emmanuel Jasnot, doctorant en géographie et spécialiste de l’agriculture francilienne. L’éco-pâturage, une pratique d’élevage qui vise essentiellement à faire renaître la biodiversité des prairies ne suffit pas. La pratique est coûteuse et ne s’adresse qu’à quelques écosystèmes très spécifiques et à forte valeur écologique, telle l’initiative lancée en forêt de Fontainebleau, dans le Parc naturel régional (PNR) du Gâtinais. L’élevage, lui, permet de préserver des milieux qui, contrairement aux PNR, présentent une biodiversité ordinaire. 



alt
alt
alt

Les aides européennes

Dans les Yvelines, le nombre d’élevages a baissé de 39 % entre 2000 et 2010. La saignée, que l’on retrouve dans toute la région francilienne, témoigne d’une profonde crise de la profession. En cause, la dureté du travail et des revenus dérisoires qui rebutent les plus jeunes. D’après les chiffres du ministère de l’Agriculture, le revenu annuel des éleveurs était de 15 900 euros en 2014. En comparaison, celui des céréaliers grimpait à 40 000 euros. 

alt

Dominique, 64 ans, éleveur


L’élevage, essentiel à la biodiversité 


Loin d’être anecdotique, le phénomène a des conséquences sur l’environnement. En Île-de-France, la plupart des prairies sont aujourd’hui situées en fond de vallée. Durant une bonne partie de l’année, elles se retrouvent donc inondées. Difficile dans ces conditions de les convertir en champs céréaliers : soit elles sont laissées à la merci de la forêt qui reprend peu à peu ses droits, soit elles sont transformées en prairies de fauche. L’herbe y est alors coupée une fois par an pour en faire du foin. 


C’est le cas des terres de Dominique. Si le cheptel est cédé, ses prairies serviront à produire du foin qui sera vendu dans les haras alentour. Mais la biodiversité en pâtira forcément. Les terres n’étant plus amendées par les bouses de vaches, la flore sera moins variée. Conséquence, les insectes pollinisateurs, dont le rôle s’étend au-delà de la prairie, disparaîtront. De même que les scarabées bousiers dont les oiseaux raffolent.


alt

L’Union européenne a mis en place en 2007 une aide financée par le Fond européen agricole pour le développement rural (FEADER) pour accompagner les mutations rurales et soutenir les initiatives agricoles respectueuses de l’environnement, comme l’éco-pâturage.



La flore sera moins variée. Des insectes comme les scarabées bousiers disparaîtront. 

Chaque année, une enveloppe est remise à chacun des 27 pays de l’Union. Une commission régionale assure la répartition des dotations par projet en fonction du nombre d’hectares engagés par les agriculteurs.

alt

Réalisation technique

Robin Gremmel


Chef d'équipe

Yasmina Cardoze


Chapitre 1

Page 1 : Kévin Trublet (photo). Page 2 : Nature Parif, Diagnostic de la biodiversité en île-de-France et Charte biodiversité-Île-de-France (chiffres) ; licence wikicommons (forêt) ; Magali Rivière (prairie) ; Abigaïl Rabinovitch avec des données de Corine Land Cover et Geofla IGN (carte). Page 3 : Magali Rivière (prairie), creative commons (linotte mélodieuse, lycaena dispar, nielle des blés), domaine public (hermine, couleuvre à collier) ; Yasmina Cardoze (textes). Page 4 : animation par Robin Gremmel, wikimedia commons (photo fond), Edouard Proust sur vvivante.fr 


Chapitre 2

Page 1 à 7 : Romain Gras (vidéo) ; Olivier Liffran (textes et photos) ; Alban Méry de Montigny (photos). Page 8 : Romain Gras (texte) ; Olivier (photo).

Yasmina Cardoze

Laure Couteau

alt



Chapitre 3

Alban Méry de Montigny et Olivier Liffran (textes, photos, vidéos); Magali Rivière (photos)


Page crédits, page menu

Antonin Gauthier (photo crédits) ; Magali Rivière (photo menu)


Remerciements

Abigaïl pour sa carte bénévole, Magali pour ses précieux conseils, Laure et Emilie pour leur épluchage de rapports, leur voiture et leur motivation.


Réalisé grâce aux explications de :

Marc Barra, Maxime Zucca, Joël Broyer, Jean-Marc Bernard, Fabien Le Coidic, Christian Desmier, Philippe Delacroix, Cécile Klingler et Audrey Mikaelian.


Puce mouton

Sheep icon made by freepik.com from flaticon.com is licensed by creativecommons  CC BY 3.0

Crédits

 Romain Gras
Robin Gremmel Emilie Guimart

Olivier Liffran

Alban Méry de Montigny

« C’est le cas par exemple du Petit Morin, en Seine-et-Marne, où l’écosystème ne présente pas de singularités. Quel intérêt auraient les décideurs à y initier des projets d’éco-pâturage ? Absolument aucun ! L’élevage, lui, peut changer la donne », juge le chercheur.



Reste que le retour des bêtes en Île-de-France s’apparente aujourd’hui à un vœu pieux. De nombreux freins persistent : manque de rentabilité économique, absence de coordination et de solidarité entre les éleveurs, insuffisance des outils de collecte comme les abattoirs et les laiteries… Il reste également à convaincre les éleveurs de ne pas surpâturer les prairies ou de les fertiliser pour favoriser certaines plantes au détriment d’autres. La route est encore longue. 
 

alt

Crédits

Chapitre  3

L'élevage participe activement à la sauvegarde des prairies. Mais, aujourd'hui, la filière est menacée...